Grave ce que tu penses, je te dirai qui tu es…

Quand on se promène dans Besançon, ce n’est pas ce que l’on remarque de prime abord… Et pourtant! Voilà encore bien une des particularités de cette belle ville. De nombreuses vieilles maisons du XVIe et du XVIIe,  ont sur la pierre de leur linteaux, des maximes gravées. La date de la construction de l’édifice est souvent apposée à côté de cette phrase écrite en latin ou en vieux français.

Dans cette contrée fervente catholique au XVIe, beaucoup de ces inscriptions font référence à Dieu.

Ainsi, Dieu soit bény trouvé à plusieurs reprises, Dieu soit loué, « Deus dat quibus vult » Dieu donne à qui il veut…

Hélas, un peu caché par ce fil, qui ne perd Dieu ne perd rien, 1714, rue d’Arènes.

Mais aussi, « Là où Dieu aide, le diable ne peut nuire »

Parfois, les prières s’adressent à Marie renforcées par une statuette dans une niche au-dessus du linteau. « Consolatrix afflictorum ora pro nobis », consolatrice des affligés, priez pour nous.

Ou ici, 14 rue de Pontarlier, « Jamais on n’a dit que Marie refuse quand on la prie »

Mais d’autres habitants ont fait graver de sages préceptes, leur leitmotiv ou des phrases les défendant.

Ainsi, rue des Martelots, il ne faisait pas bon venir de la calviniste Genève ou tout simplement s’appeler genevois. « Genevois je suys sans estre huguenot »

Qui a bien pu décevoir cet habitant? « Vere regium magniq animi est audire male quod feceris bene 1582 » , c’est vraiment le propre d’un esprit royal et grand que de mal juger ce que tu auras bien fait.

On cherche à interpeller le passant…

« Fac bene ne timeas », fais bien et ne crains rien.

« Nimium ubique vitiosum », l’excès en tout est un défaut.

En deux parties… « No opta laudari sed fac laudanda » Ne choisis pas d’être loué mais fais ce qui doit être loué.

Ici, on invite à l’introspection intérieure…

« Tecum habita », habite en toi-même.

Claude Antoine Buson, seigneur d’Auxon, avait une opinion bien tranchée : « Aut perfice aut ne tentes », ou tu réussis ou tu ne tentes rien.

Est ce que le « Tace », tais-toi, gravé sur la maison d’en face lui était destiné? Quelle ambiance dans le quartier!

On peut aussi lire certaines devises de puissantes familles. Ainsi la devise de la famille Granvelle : « Sic visum superis », ainsi en a-t-il plu aux Dieux. Par cette devise gravée sur son palais, Nicolas Perrenot de Granvelle entend ainsi faire taire tous les envieux qui jalousaient sa fulgurante ascension sociale.

La devise de la famille de Nayme , rue Claude Pouillet, « Sic pondere palma resurgit », ainsi pressée la palme se redresse.

La devise de la ville de Besançon sur cette fontaine Jean Cornet, « Utinam » plaise à Dieu que..

Bien d’autres phrases vous attendent dans la boucle, il faut marcher le nez en l’air, ce qui n’est pas toujours facile!

Pour terminer, cette phrase cache la date de la construction du bâtiment… Vous avez trouvé? Laissez-moi vos suppositions en commentaire et le premier qui trouvera la bonne réponse recevra un cadeau made in Franche-Comté!

Un grand merci à Jean-Louis Vuillemin qui m’a donné un livre qui m’a bien aidé à écrire cet article!

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57 commentaires pour Grave ce que tu penses, je te dirai qui tu es…

  1. Sophie dit :

    Une très belle balade superbement documentée.
    Bravo à toi

  2. Maeldune dit :

    Un grand merci à vous deux……….
    Tout au long de cet article, je me demandais comment
    tu avais fais pour traduire ces maximes.
    Moi, j’ai adoré lire ces inscriptions…merci

    • Nathalie dit :

      Mais j’ai fait un peu de latin dans ma scolarité… Hélas c’est tellement lointain que j’aurais bien eu du mal seule… Il y en a une d’ailleurs que je n’ai pas pu traduire…
      DP BOLET AEVDAVETIS EREXIT
      EXEXIT veut dire droit, il me semble qu’il y a le nom de la personne…
      Des latinistes dans le coin?

  3. dirreve dit :

    Bonjour Nath, encore un beau documentaire qui nous plonge au coeur des pierres de cette jolie ville qu’est Besançon. Superbe!

  4. Mireille dit :

    Magnifique ! j’ai l’impression de connaître tous ces bâtiments et pourtant, l’envie de relever chaque adresse, et d’aller les voir ou revoir sur place. Pour ce qui est de la colle en latin !! très peu pour moi, surtout si c’est pour gagner une saucisse de Morteau, hi hi hi, ça ira comme ça …… Bon week end !

  5. l'Angevine dit :

    depuis une bonne heure que je papote vers les commentaires,eh bien je trouve ton article très intéressant,j’aime beaucoup!!!!
    à chaque fois que je découvre une église,je me demande que veut dire les inscriptions au dessus des portes ou à côté des sculptures.
    celle qui me plaît c’est « Ne choisis pas d’être loué mais fais ce qui doit être loué ».et aussi « plaise à Dieu que.. »
    passe d’agréables moments et bisous

  6. Fredka dit :

    C’est compliqué, je lis un X qui correspond à 10
    Ensuite LIX qui est 59
    après VICD qui peut correspondre à 394 ??????
    Puis MVI qui est 1006
    et sur la partie droite je lis I puis I puis V puis I, ce qui serait 1, puis 1 puis 5 puis 1
    Bref c’est totalement incohérent et pour moi ça ressemble peu à une date.
    Quel dommage, j’aurais tant aimé un cadeau franc-comtois (surtout une saucisse de morteau ou une bouteille de pont!

    • Mireille dit :

      Y’a peut-être la date et l’heure !!!! hi hi hi. Si personne ne trouve, face à une si belle tentative, Nath sera obligée de vous envoyer une saucisse de Morteau !!!!

    • Nathalie dit :

      Tu n’es pas loin de la vérité. Tu as déjà identifié tous les chiffres, c’est déjà pas mal. Il ne faut pas essayer d’y voir la date immédiatement. Reprends chaque chiffre en les lisant tous IX doit se lire 1 et 10 et pas 9… et fais un peu d’arithmétique!
      Et dans ton colis, je ne mettrai pas de fromage …. Ne t’inquiète pas!

  7. nicole dit :

    tu as dû t’amuser a photographier tout ça
    merci pour nous
    Gros bisous Nath

  8. Lydie dit :

    Après analyse des indices laissés par Nathalie (merci) je dirais que ce bâtiment a été construit en 1691!

    • Nathalie dit :

      Bravo Lydie, j’avais laissé ton commentaire en attente pour voir si d’autres lecteurs ingénieux trouvaient la bonne réponse. Vous avez été deux à découvrir la bonne réponse…

  9. Lysisca dit :

    Mon esprit tordu me fait partir à l’envers… Je me demande si c’est une date précise?!
    Donc le lis 6/7/157.. mais la fin ne colle pas avec mon idée. J’ai beau relire les chiffres un à un ça ne fait pas tilt… Que mon latin est loin…. Joli devinette!
    Je ne connais pas Besançon je ne sais pas si je peux trouver cela dans ma ville, l’idée me plait bien, nous on a surtout des signes de ‘négriers’.

  10. Elisa dit :

    Une série fabuleuse Nath.
    Ce sont des sortes de tags anciens et élégants. J´adore.
    Bisous de dimanche
    Elisa

  11. phisso25 dit :

    Hello Nathalie !
    Je fais une tentative pour gagner la bouteille de Pont :
    je propose comme adresse quelque part ayant une entrée rue rivotte, comme date 1691 et comme traduction « Paix et joie sur cette maison et ceux qui l’habitent ».
    Sans conviction mais grâce à toi, j’ai découvert un peu plus Besançon !
    A demain

    • Nathalie dit :

      Bravo! Tu as trouvé la bonne réponse mais Lydie t’a devancé…
      Mais ta réponse est bien plus complète et tu mérites largement un petit cadeau comtois… Peut-être pas une bouteille de pont… 😉
      Je te demande ton adresse en message privé.

  12. perrine dit :

    Quel beau reportage tu as fait. Il fallait y penser et tu l’as fait.
    Bravo , c’est très intéressant.
    Bonne soirée

  13. Thierry dit :

    1691 Comment ça je n’aurai pas ma bouteille de Pont ?!
    C’est le flux rss qui a trop trainé, sinon je serais arrivé plus tôt.
    J’EN VEUX !

  14. M A G N I F I Q U E ! ! !
    Ton reportage est réellement bien fait, merveilleusement illustré et très bien documenté. Un régal.
    Même si l’on ne s’intéresse pas aux marques sur les pierres, tu rends cela si vivant que l’on avait l’impression de t’accompagner.
    Quand j’irais dans ta ville, j’y penserais certainement.

    • Nathalie dit :

      Un chercheur d’empreinte avec l’oeil aussi aguerri n’aurait pas eu besoin de moi pour repérer ces belles inscriptions…
      Merci pour les compliments, je rougis devant mon écran!

  15. marie jeanne dit :

    Une très belle série, je suis allé plusieurs fois à Besançon (ma fille y fais ses études) et je n’ai jamais fais vraiment attention à toutes ses inscriptions. La prochaine fois je regarderai mieux. Bonne fin de soirée bises

  16. Un article finement mené et documenté 😛 rue des Martelots, je connais bien ! de la famille y réside 🙂
    J’aime lever mon nez lorsque je me balade en ville, on fait toujours d’agréables trouvailles…

  17. nicole dit :

    C’est vrai quel’été est derriere nous il ne fait vraiment pas chaud
    mais bon tout n’est pas perdu le soleil va revenir
    Gros bisous Nath

  18. Fredka dit :

    Bon j’arrive trop tard!
    c’est marrant comme date 1691, c’est une date qui se lit aussi bien à l’envers qu’à l’endroit.

    • Nathalie dit :

      Mais tu n’as pas tout perdu! Lydie que tu connais certainement, puisque c’est une ancienne camarade de lycée, m’a dit que sans ton premier message, elle n’aurait pas trouvé. Elle préfère que le colis parte chez toi en Guadeloupe. Elle est certaine que cela te fera bien plus plaisir qu’à elle de retrouver un peu de terroir franc-comtois en Gwanda!
      Tu peux lui dire merci!
      🙂

  19. Jo. dit :

    Je n’aurais pas trouvé la solution, mais quel plaisir que la découverte de cet article.
    Le « tace » m’a fait sourire… on remonte dans les siècles… on les intègre complètement.
    Même avec un livre, les recherches n’ont pas dus être si évidentes ! (Vuillemin , c’est pas un nom de Grand-Combe Chateleu ?)
    En tout cas, merci pour cette découverte si intéressante !

    • Nathalie dit :

      Non, c’est vrai, ça n’a pas été simple mais je l’ai fait en plusieurs fois, une balade dans Battant, une balade près de la cathédrale, une balade grande rue… Et le tour est joué!

  20. Aizen dit :

    J’adore toutes ses photos! C’est vraiment très intéressant. J’aime venir ici, parce qu’il y a régulièrement des mini exposés sur des sujets assez rares. Merci! ^^

  21. Chocoralie dit :

    Tres interessant et tres original, ce « street art »!

  22. ✿ Sop dit :

    ➜ Je suis arrivée sur votre(ton ?) blog par le chemin de la galette comtoise (miam) et j’adore ce que je découvre dans les autres rubriques ☺ !
    ➜ J’applique le « Fac bene ne timeas » donc : s’te’plait Mdame, je peux voler une photo de cet article pour l’envoyer par mél à des amoureux de Besançon latinistes et qui vivent en Pologne ?
    D’avance, ✿ merci.

  23. Champagne dit :

    Oui
    meme photo mais celle la a été prise dans la rue Renan
    non loin de la fac de lettres, juste au dessous de la Citadelle !!!

  24. Hughes dit :

    bonjour

    Sympathique reportage ! Bravo.
    Vere regium magniq animi est audire male quod feceris bene 1582″ , c’est vraiment le propre d’un esprit royal et grand que de mal juger ce que tu auras bien fait.
    Qui est l’auteur de cette traduction ?
    Le message , comme vous le faites observer, est bien provocateur vis à vis du pouvoir, trop.
    Merci

    • Nathalie dit :

      Bonne question.
      C’est mon grand-oncle qui m’avait prêté un livre écrit par la société d’émulation du Doubs si mes souvenirs sont bons. J’aurais du donner le titre du livre… Aujourd’hui, je ne m’en rappelle plus…
      Cette traduction est erronée?

      • Hughes dit :

        non, je ne dis pas cela ! Je n’en sais rien… Mais cela me parait improbable que celui qui a fait construire cette maison ( qui avait été fait chevalier par Charles Quint en raison de ses états militaires) ait pu faire graver un message aussi gravement impertinent vis à vis du pouvoir. On ne rigolait pas avec cela à l’époque !
        Mon intuition est donc que la traduction est incertaine.Mais je n’ai pas mieux à proposer.
        Cdlt
        Hughes

        • Nathalie dit :

          J’ai retrouvé l’ouvrage (en cherchant bien… 😉 )
          iI s’agit de la revue régionale d’ethnologie Franc-Comtoise « Barbizier » n°29 année 2005. L’article a été écrit par Mr Gérard Louis. Cette inscription figure sur l’hôtel Bouteiller 2 rue des granges.

          • Hughes dit :

            Bonsoir
            Merci d’avoir pris la peine de chercher, c’est vraiment gentil !
            C’est effectivement l’hôtel du Bouteiller, lequel était possédé à titre de fief par le Bouteiller ou Échanson, un des grands officiers attachés au service de l’Archevêque (Claude de la Baume en 1582 si je ne me trompe). Il a été profondément remanié – surtout sa façade – par le Bouteiller en place à l’époque de l’inscription qui nous occupe.
            Pour les raisons exposées précédemment, la traduction proposée par la société savante que vous indiquez me semble impossible. Le Bouteiller en question, co-gouverneur de Besançon, je crois, seigneur de Marchaux fait chevalier par Charles Quint, ne pouvait se permettre une telle impertinence !
            Je viens de trouver une traduction indiquée dans la base Mérimée du ministère de la Culture : « c’ est vraiment d’ un esprit royal et grand que d’ entendre dire du mal de ce qu’ on a fait de bien » qui me semble mieux convenir, encore que son sens soit bien peu clair à mes yeux.
            Mes élucubrations « non savantes » à ce sujet, deux sens possibles :
            1)  » il faut vraiment avoir un caractère royal et grand pour ( supporter d’) entendre dire du mal de ce qu’ on a fait de bien »….. »
            ou
            2) » c’est vraiment l’apanage des esprits royaux et grands que d’entendre dire du mal de ce qu’ on a fait de bien »….. » …. », ceci voulant dire que les gouvernants doivent accepter d’être impopulaires dans l’intérêt général.

            Je viens de trouver sur le net que « audire male » peut signifier « avoir mauvaise réputation » qui conduirait à
            3) C’est vraiment le lot des esprit royaux et grands que d’avoir mauvaise réputation pour ce qu’ils ont fait de bien  »
            Mais ce serait mieux de laisser le dernier mot à un vrai latiniste !!!
            Cordialement
            Hughes

          • Nathalie dit :

            Merci pour votre éclairage. Votre proposition me semble en effet plus en adéquation avec l’époque! A bientôt!

  25. latiniste dit :

    je propose, avec l’aide du Gaffiot, une nouvelle traduction : c’ est vraiment le propre d’un roi et d’une grande âme que d’être mal apprécié pour ce que tu as fait de bien .

  26. latiniste dit :

    plus exactement encore « pour ce que tu auras fait de bien « 

  27. Nathalie dit :

    Merci pour vos interventions. Cela me semble plus juste en effet.

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