Besançon : Le palais Granvelle

Pour mieux apprécier ce petit bijou de la renaissance à Besançon, il faut se replonger dans l’histoire de la Franche-Comté.

Ce prestigieux palais fut bâti par Nicolas Perrenot de Granvelle au XVIème siècle, l’âge d’or de la Comté. Le XVIème situé entre deux périodes sombres, les invasions de Louis XI puis celles de Louis XIII et de Richelieu, est une période de stabilité permettant le développement de la culture et des arts.

Passée aux Habsbourgs après la mort de Charles le Téméraire duc de Bourgogne, La Franche-Comté est chérie de ses nouveaux maîtres qui lui laissent beaucoup de libertés.

Maximilien d’Autriche le premier, comprit qu’il fallait ménager la volonté d’indépendance des Comtois et confia la province à sa fille Marguerite d’Autriche. Marguerite, femme supérieure, énergique, intelligente, prit son aile Nicolas Perrenot et le propulsera dans les plus hautes sphères.

Né à Ornans en 1486, brillant avocat, Nicolas connut une ascension sociale fulgurante. Il fait un « beau mariage » avec Nicole Bonvalot, issue d’une des plus grandes familles de Besançon avec qui il aura 15 enfants dont 11 survécurent.

Besançon est alors une ville libre impériale dont le nouveau souverain Charles Quint a été élu en 1519.

Charles Quint laisse à Marguerite sa tante, la régence de la Franche-Comté et des Pays-Bas mais il s’entoure de Francs-Comtois en qui il a toute confiance. Ceux-ci brillent dans l’armée ou la diplomatie…

Nicolas Perrenot devenu de Granvelle en 1527 est le premier d’entre eux. Chancelier de l’empereur, garde des sceaux, il serait « le tout de l’Empereur qui ne faisait rien que par lui ». Nicolas comble son maître qui le lui rend bien et fait sa fortune.

A Besançon, Nicolas souhaite posséder une demeure correspondante à sa situation aussi décide-t-il de se faire construire un palais le long de l’ancien cardo romain. C’est Nicole qui supervisera les travaux commencés vers 1534.

La construction s’inspire de la renaissance italienne avec sa façade sur rue ordonnée en 3 niveaux et compartimentée par des colonnes verticales avec des fenêtres surmontées de frontons.

Un des frontons porte la date de début des travaux 1534, un autre la devise de Nicolas : Sic  visum superis, de part la volonté des Dieux. Les autres frontons portaient les blasons des seigneuries acquises par Nicolas et Nicole qui hélas, ont été soigneusement martelées à la Révolution…

Les fenêtres du deuxième étage sont ornées de jolis médaillons et comportaient des grilles à l’origine.

Au troisième étage, les appuis de fenêtre sont décorés de têtes d’anges. Pas un n’est identique.

Les trois fenêtres du comble sont décorés de candélabres et de deux arabesques en forme de S encadrant un petit fronton dans lequel est sculpté une tête à chaque fois différente.

On entre dans le palais et voici la cour d’honneur. Deux galeries font le tour de la cour. Une première galerie est ouverte avec des arcades en anse de panier, on note un joli plafond à la française.

Dans l’ aile gauche se trouve l’escalier d’ honneur, contenu dans une tour carrée d’allure médiévale. Le dernier étage de celle-ci était occupé par un oratoire. Cette tour est coiffée d’un clocher comtois ajouté assez récemment.

Au centre de la cour, les Granvelles jouissaient d’une magnifique fontaine. Elle comportait un bassin au centre duquel s’ élevait une colonne contre laquelle était appuyée une sirène en bronze du sculpteur Claude Lullier. Au sommet une statue antique de Jupiter, en marbre blanc trônait provenant de la villa Médicis à Rome,  cadeau de Marguerite d’ Autriche. De cette fontaine, il ne reste aujourd’hui à Besançon que la petite sirène. Le Jupiter pris par louis XIV est maintenant au Louvre.

Nicolas de Granvelle, mécène homme de goût se constitua une riche collection d’oeuvres d’art, de médailles ainsi qu’une très riche bibliothèque. Hélas ces oeuvres furent dispersées. Il ne reste pas grand chose dans le palais : ce grand cerf placé sur la cheminée portant les armoiries de Nicole et Nicolas, ces médaillons d’empereurs romains.

Devant le palais, de riches jardins à l’italienne et un grand verger s’étendaient, ils n’existent plus…

Le palais était relié à la chapelle de l’église des Carmes par un passage vouté au dessus de la rue. Nicolas s’y était fait construire une chapelle funéraire en 1549. Il y fut enterré ainsi que son fils le cardinal Antoine Perrenot de Granvelle. Hélas, on n’y a plus accès.

Grande rue, la fontaine des Carmes date de 1564 et a été ornée par le sculpteur Claude Lullier d’un Neptune chevauchant un dauphin. Régulièrement l’objet de dégradations, elle est fortement menacée.

Le retable de l’autel était une déposition de croix du Bronzino offerte par les Médicis, aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Besançon.

Le palais Granvelle accueille aujourd’hui le musée du temps, retraçant l’histoire de l’horlogerie comtoise, un bien joli musée, sujet d’un autre article…

Mais Besançon regorge d’autres petits bijoux de la renaissance. Pour les découvrir, laissez vous mener par une visite guidée de l’office du tourisme. Votre guide saura vous charmer par son érudition et à votre tour, vous tomberez amoureux de Besançon.

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62 commentaires pour Besançon : Le palais Granvelle

  1. Sophie dit :

    Superbe visite guidée richement documentée…j’aime ce palais les toits, les fenètres et cette cour sublime.
    Mais très longtemps que je suis pas rentrée voir le musée….
    Merci et belle journée

  2. perrine dit :

    Beau documentaire détaillé. Je suis passée et repassée devant le Palais Granvelle, souvent pressée
    mais je devrai m’y arrêter et contempler.
    Merci et bonne journée à toi
    Perrine

  3. Barbara dit :

    J’adore cette ville.
    Merci de la visite qui me rappelle de bons souvenirs.

  4. Muad' Dib dit :

    Coucou Nath, merci pour cette nouvelle balade très instructive.
    Bon début de semaine et à bientôt,
    Bises,

  5. Je connais peu cette ville. pourtant j’y ai dormi 2fois, mais sans vraiment prendre le temps de la découvrir.
    Un week-end de 3 jour s’impose maintenant que tu m’as montré ses beautés.

  6. Piafette dit :

    Magnifique, je l’avais déjà visité celui-ci. Mais je ne savais pas que la petite sirène que l’on voit au Louvre était originaire de chez nous! C’est super ça!

    • Nathalie dit :

      Non, non, c’est le Jupiter qui est au Louvre. Pendant longtemps, la petite sirène a été réutilisée dans une autre fontaine rue Charles Nodier, près de la préfecture. Aujourd’hui, rue Charles Nodier, c’est une copie et la vraie petite sirène est dans le musée du temps. Elle est très sensuelle, non? On dit que ce serait Nicole de Granvelle qui aurait servi de modèle.

  7. Elisa dit :

    Cou cou Nath,
    C´est joli ton post, et j´apprends toujours quelque chose chez toi 🙂
    Je DOIS connaître le Franche Comté
    Bon début de semaine
    Amicalement
    Elisa en Argentine

  8. nicole dit :

    Si je comprends bien tu n’es pas loin de chez moi
    Gros bisous Nath

  9. Jean-Luc dit :

    encore une belle leçon d’architecture et d’histoire ! félicitations pour ce travail fourni et détaillé !
    et belle soirée

  10. FREDKA dit :

    Excellent cet article très documenté qui me rappelle mes heureuses années d’étude en fac d’histoire à Besançon. Félicitations Nathalie,on dirait du Debare (orthographe imprécise). sauf que ce vieux filou de Debare (prof de fac sans âge et inimitable) aurait rajouté les deux anecdotes suivantes (souvenir d’un cours sous forme de visite guidée avec lui-même dans les rues de Besançon).
    Premièrement: pourquoi un escalier d’honneur aussi large et haut de plafond? Parce que le must du luxe à l’époque, pour un cavalier, était d’accéder à ses appartements situés à l’étage sans descendre de cheval et donc en escaladant l’escalier avec sa monture.
    Deuxièmement la sculpture de Neptune chevauchant un dauphin: à la grande époque de Granvelle, les jours de grande fête populaire, la statue ne crachait pas de l’eau, mais du vin rouge et du vin blanc par deux tuyaux qui permettaient à la foule de festoyer: on savait vivre à cette époque!
    Mais j’y pense, n’aurais tu pas toi aussi quelques liens avec la fac d’histoire de Besac?

    • Nathalie dit :

      Ah oui! Je me rappelle de cette belle balade…
      Mais ce n’était pas la fontaine des Carmes qui crachait du vin. C’était la fontaine aujourd’hui place St Pierre. C’était un aigle à deux têtes, symbole de Charles Quint, qui crachait du vin blanc et du vin rouge… Aujourd’hui, la niche de la fontaine est vide. La statue a été fondue à la révolution pour en faire des canons… C’est triste non?
      La Fac d’histoire… J’ai ressorti mes vieux livres pour écrire cet article mais surtout, j’ai fait la visite guidée Besançon renaissance. Et bien qu’historienne de formation, j’en ai appris des choses et j’ai vu des trésors que je ne connaissais pas!
      C’est un ancien camarde de fac qui est guide, je ne me rappelle plus son nom. Mais quel talent il a!

  11. Michel dit :

    Bonjour Nathalie

    Un magnifique reportage et commentaires, et aussi de lire les commentaires des amies c’est génial, Merci Nathalie de ce partage.
    Sur mon cliché ce sont des feuilles mais je ne connais pas le nom ?
    Bisous et passe une bonne journée.

    • Nathalie dit :

      C’est que dans mes jeunes années, je suis allée en fac d’histoire et j’ai des amis historiens! je n’ai pas intérêt à dire trop de bêtises! 🙂

  12. Piafette dit :

    ah excuse j’avais pas compris l’histoire de la petite sirène, je fatigue…^^ Sinon pour Fantomas c’est exactement ça, il pousse le bousson un peu trop loin^^

  13. Elisa dit :

    Salut Nath,
    Passe une très belle journée.
    Ici, il pleut :((((
    Amicalement
    Elisa en Argentine

  14. nicole dit :

    je te souhaite une bonne nuit
    Gros bisous Nath

  15. ces toits sont véritablement somptueux; et la richesse de tes commentaires historiques m’épatera toujours! Au fait, tu as vu que tu as gagné un guide chez moi ! si, si! Il y a eu un deuxième tirage !

  16. Michel dit :

    Bonjour Nathalie

    Tu nous apprends beaucoup de chose sur notre région, sa sert la Fac d’histoire. Bisous Nathalie et bonne journée.

  17. Piafette dit :

    Ben et toi? t’es pas sur face de croute? on a qu’à monter un groupe chauvin genre « la Franche-Comté, la plus belle région de France »^^

  18. Michel dit :

    Bonjour Nathalie

    Ce petit passage pour te souhaiter une bonne journée, Bisous.

  19. Je ne connais pas cette ville, mais avec ta description de la visite du palais, c’est comme si on y était.

  20. Sophie dit :

    Le soleil est là temps idéal pour les balades, belle journée

  21. AD-Mary44 dit :

    merci de ta visite ; je suis toujours heureuse de passer un moment à Besançon, ville que je croyais bien connaître, mais tu as un vrai talent pour nous la faire apprécier. Et surtout, en te lisant, je me rends compte que je passe à côté de certaines des merveilles de cette ville. Nous n’irons pas ce printemps car nous avons des projets qui nous prennent beaucoup de temps et surtout nous devons rester, en permanence, au bord de l’Océan, mais je pense que dès l’automne nous y passerons quelques jours puisque le frère de mon mari y réside.

    • Nathalie dit :

      A cet automne alors!
      Il faut vraiment avoir l’oeil pour remarquer tous ces petits détails, je n’avais pas vu tout ça avant de faire la visite « Besançon renaissance »…

  22. Denis Billamboz dit :

    tout est dit et bien dit ! Et beaucoup est même montré ! Bravo Nath ! Il manque juste une petite pensée émue pour la brasserie où j’ai pris quelques pots dans mes jeunes années et que tu as dû fréquenter un peu aussi, je suppose !

  23. FREDKA dit :

    Comment ça Denis? toi aussi tu fréquentais le Marcel bar?
    Nathalie, je m’incline d’admiration devant ton succès: 45 commentaires juste pour cet article, c’est très révélateur de la qualité de ton blog qui redonne de la fierté aux Franc-Comtois, tout en leur donnant l’envie d’aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus verte.
    Félicitations et merci.
    Fred: ex étudiant de la fac d’histoire de Besançon (non, Besac). Et ami admiratif du blog de Nathalie (vous l’aurez compris).

  24. Denis Billamboz dit :

    A mon époque, au Moyen Age, c’était le camp de base des juristes mais la terrasse attirait tout le monde !

    Si certains voulaient en savoir encore plus il pourrait se reporter aux ouvrages de Daniel Antony que Nath a peut-être eu comme prof :
    – Nicoilas Perrenot de Gravelle
    – Nicole Bonvalot, Dame de Granvelle

    Bravo Nath de valoriser notre pays, les commentaires prouvent qu’il y a un besoin d ‘infos intelligentes.

  25. Michel dit :

    Bonjour Nathalie

    Ce petit passage pour te souhaiter un bon week-end.
    Tes amis ont de la chance de t’avoir comme guide. Bisous Nathalie.

  26. Thierry dit :

    Toujours intéressant de te lire.
    Et pour répondre à ta question, je ne suis pas parti en vacances. Mais j’ai bien profité des journées de soleil : bricolage(s), magasins et grimpe… résultat, je me suis endormi devant mon ordi tous les soirs et je n’ai rien pu mettre depuis longtemps, mais j’ai repris, je vais être moins fatigué ;o)

  27. Chocoralie dit :

    Oh, mais c’est une fontaine Wallace que j’apercois dans les jardins!

    • Nathalie dit :

      La fontaine Wallace est un des symboles de Paris, mais il y en a dans beaucoup d’autres villes. C’est la seule à Besançon. Elle a été installée promenade Granvelle en 1873.

  28. Babzy dit :

    Un très bel endroit que tu décris fort bien et avec force details 🙂

  29. Nathalie dit :

    Et pour en savoir plus sur le 1er tableau de cet article, une vidéo de l’INA où un de mes profs de faculté s’exprime :
    http://www.ina.fr/media/entretiens/video/R07296354/quand-la-franche-comte-etait-espagnole.fr.html
    Son livre, je l’ai toujours et je m’y replonge souvent avec délectation…

  30. Philippe Claudel dit :

    Très belle description de ce Palais, Nathalie.
    Je m’y intéresse de plus très fortement depuis qques mois, car ma compagne
    est une descendante de Nicolas Perrenot de Granvelle et Nicole Bonvalot, par une de leurs filles mariée à MOCHET, Bailli du Charolais et Lieutenant des Salines.
    On a jamais eu l’occasion de visiter ce Palais.*
    Je lis actuellement le livre de Daniel Antony sur Nicole Bonvalot, et je pense acquérir celui sur Nicolas Perrenot de Granvelle écrit en 2006.
    Je garde ce blog en favori.
    Merci encore et bravo pr cette passion de l’histoire franc-comtoise
    Philippe

  31. Ping : Grave ce que tu penses, je te dirai qui tu es… | Voyageuse Comtoise

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